ART POPULAIRE
DU MEXIQUE DANS LA COLLECTION FRANÇOIS REICHENBACH
Le rêve de François Reichenbach était
de voir sa collection exposée, afin de faire découvrir
au grand public la créativité d'un pays qui l'a
fasciné. Dans cette 3ème salle du M.A.A.O.A, on
ne retrouve qu'une partie de la collection, composée de
3105 objets. Parmi eux il y a des uvres magnifiques ; des
pièces anciennes et uniques, comme la sculpture en bois
fin XIXe siècle, représentant Santiago (Etat de
Guanajuato), ou des masques du début du XXe siècle.
L'importance de la collection ne se trouve pas seulement dans
ces objets rares, mais également dans sa composition globale,
chacune de ces uvres témoignant de l'héritage
des cultures précolombiennes mais aussi de la rencontre,
ou mieux des rencontres avec le Vieux Monde.
Les 1623 masques représentent le plus vaste ensemble constitué
en Europe. Les Masques choisis et exposés représentent
un riche échantillon qui reflète le passé
et le présent de ce pays pluriethnique. Ils épousent
les rôles de toutes sortes de personnages : hommes et femmes,
diables, animaux, êtres surhumains et fantastiques. Ils
ont été portés lors des danses traditionnelles
qui font partie des cérémonies liées à
la religion chrétienne ou à des rituels d'origine
préhispanique. Certains lots de masques sont de vraies
accumulations. Les masques du jaguar ou ceux de la danse des Maures
et Chrétiens nous témoignent de l'incroyable variété
stylistique et créative des artistes.
Les chandeliers à plusieurs branches, appelés "arbres
de vie" (États de Puebla et Mexico), les sculptures
et les scènes figuratives en céramique (village
de Ocumicho, État de Michoacán), nous montrent à
quel point cet art n'est pas seulement une évocation du
passé mais également une tradition vivante : nouvelles
thématiques s'ajoutant aux anciennes. On trouve ainsi Batman
à côté de Noé, ou d'un groupe de squelettes...
La mort est d'ailleurs l'un des sujets les plus représentés,
mais il n'y a là rien de macabre ou d'effrayant ; au Mexique,
la mort fait aussi partie du temps de la fête.
Les alebrijes, monstres en papier mâché fabriqués
par la famille Linares (État de Mexico), témoignent
à la fois de la fantaisie et de l'habileté technique
des artistes mexicains.
Une technique expressive tout à fait originale est utilisés
par les Indiens Huichol pour composer leurs nierikas. Avec des
brins de laine qu'ils collent avec de la cire d'abeille sur des
planches de bois, les Huichol invoquent leurs divinités
et décrivent les rêves des chamanes, leurs mythes
et leurs rituels.
L'univers de fête comme la vie quotidienne sont illustrés
par le style naïf des peintures sur isorel et sur papier
d'amate. Le papier d'amate était déjà fabriqué
autrefois par les Aztèques ; ils l'utilisaient pour des
rituels magiques et comme support à l'écriture de
leurs Codex.
Chaque objet de la collection reste indissociable du personnage
Reichenbach. Comme d'autres collectionneurs, il a demandé
des reproductions particulières, qui parfois le représentent
ou imitent des uvres dart contemporaines. On retrouve
des "arbres de vie", des tableaux de laine, ou des papiers
d'amate inspirés de Niki de Saint Phalle, Combas, Brauner,
Picasso, Van Gogh, Soutine, César... Ces reproductions
ne sont pas de simples copies ; ce sont des regards sur "notre"
production artitstique ; des regards qui se croisent.
L'exposition permanente de cette collection aux intérêts
multiples nous permet de découvrir un pays où le
réel se mêle au fantastique, un pays aux forts contrastes.
C'est l'occasion pour nous de bouleverser la grille de nos critères
occidentaux ; c'est face à ces uvres, que nous comprendrons
comment la tradition tente parfois de se réconcilier avec
la modernité.
Lisa Baiocchi
ARTS POPULAIRES DU MEXIQUE
Le 15 novembre 2001 le M.A.A.O.A ouvrira une nouvelle salle d'exposition
permanente : la salle François Reichenbach, consacrée
à l'art populaire du Mexique, ainsi nommée du nom
du donateur de la collection suivant le souhait exprimé
sur son testament. Le cinéaste F. Reichenbach passionné
du Mexique dont il était de venu citoyen d'honneur y faisait
de fréquents séjours dès les années
50. C'est une vingtaine d'années plus tard qu'il a commencé
à acheter massivement, passionnément des objets
de toutes sortes et qui constituent aujourd'hui notre nouvelle
collection : céramiques, tableaux de laine des Huichol,
dessins ou peintures sur papier d'amate, de très nombreux
masques, la grande majorité d'entre eux achetés
ou offerts à l'issue des fêtes, mais aussi achetés
dans des magasins qui regroupent des associations d'artisans.
Parmi tous ces objets, on pourra découvrir :- Des masques
: ils constituent la "grande" moitié de la collection
: le Mexique lie une longue tradition religieuse et un héritage
européen festif. Si quelques-uns d'entre eux proviennent
de centres de commerce, la plupart - et François Reichenbach
en était très fier - ont été dansés.
Il les achetait ou on les lui offrait à l'issue de fêtes
qu'il venait de filmer.
Notre travail préalable, nous a permis de les connaître,
de leur attribuer une origine, et de les replacer dans une ou
différentes danses. La présentation de quelques
500 d'entre eux va nous permettre de montrer leur diversité
dans les danses ou fêtes, comme celles du Carnaval, de la
Semaine Sainte, en l'honneur de la Vierge de La Guadeloupe, de
la Fête des morts, des Fêtes de Noël, ou des
commémorations historiques comme celles des Maures et des
Chrétiens et aussi dans leur origine géographique.
- La céramique, ici surtout à usage décoratif,
saynettes de toutes sortes, arbres de vie, sculptures provenant
de régions diverses (États de Michoacán,
Guerrero, Mexico). A la tradition hispanique se sont mêlés
les apports méditerranéens pour les formes, le décor,
la technique, et le récent travail des potières
d'Ocumicho (État de Michoacán) qui ont mis en forme
des Images d'Épinal datant de la Révolution Française
en est l'illustration.
- Les arbres de vie aux thèmes liés à la
Mort, à la Bible (Création, Chute, Rédemption),
comme l'Arbre du Paradis présenté en introduction
et qui symbolise le Tout, Ciel, Terre, Eau, ou des reproductions
d'artistes comme Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Niki de Saint-Phalle,
ou tout simplement à F. Reichenbach.
- L'art des Huichol est surtout représenté par les
Tableaux de laine, forme commerciale actuelle de leur artisanat.
Les motifs qui présentent souvent une connotation religieuse
peuvent être aussi des copies d'uvres d'art contemporain,
encadrement de photographies...
Cette population qui vit dans la Sierra Madre Occidentale, fabrique
encore des objets dont la signification est hautement religieuse.
- Les dessins ou peintures sur papiers d'Amate tels que nous les
avons dans cette collection sont aussi d'origine récente,
mais ce type de papier remonte encore à l'époque
pré-hispanique et servait notamment de support aux codex.
Sur ces feuilles de couleur marron ou écrue suivant l'arbre
utilisé, ornés de dessins peints de couleurs naïves
ou de scènes de la vie quotidienne. Ils proviennent de
villages ,de l'État de Guerrero. Les Otomies dans l'État
de Puebla utilisent encore ce papier à des fins religieuses.
Dans le même État, les peintures sur isorel remplacent
les papiers d'amate pour des raisons économiques et présentent
le même genre de sujets.Environ un tiers de la collection
est aujourd'hui présentée. Notre souhait est de
la faire connaître au public dans son intégralité
dans les années à venir.
Un espace multi-média où l'on pourra visionner des
films, documentaires, est mis à la disposition du public
afin de mieux comprendre cette collection, ce qu'elle apporte
à notre connaissance du Mexique et plus largement des peuples
latino-américains.
Marie Aubert
Conservateur au M.A.A.O.A