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MISSION RÉGIONALE
MUSIQUES ET DANSES TRADITIONELLES
Musiques du monde provençal
Les musiques du monde provençal sont aussi diverses que les paysages
naturels et les hommes de Provence. La région comprend trois milieux
naturels et géo-culturels différents qui façonnent
et influencent la vie musicale, en particulier dans le domaine des musiques
traditionnelles.
La vallée et le delta du Rhône, qui constituent une grande
zone de communication européenne Nord-Sud entre Rhône-Alpes
et Languedoc-Roussillon.
Le milieu alpin, qui communique avec les régions frontalières
d'Italie: Piémont et Ligurie.
La côte méditerranéenne, tournée vers l'Europe
du Sud et le Maghreb.
Deux grandes dynamiques culturelles nourrissent les traditions et la création
musicales du monde provençal: une dynamique occitane (la Provence
est l'une des régions de langue et de culture d'Oc) et une dynamique
méditerranéenne. Ces deux dynamiques complémentaires
entretiennent entre elles une relation subtile et complexe, allant de
l'opposition à la fusion, du repli identitaire au métissage,
en fonction des périodes, des lieux, des tendances idéologiques
et des individus.
On peut néanmoins affirmer qu'aujourd'hui, dans le domaine des
musiques vivantes, occitanité et méditerranéité
se rencontrent plus que jamais. La Provence fait partie de la Méditerranée,
tout autant que la Méditerranée fait partie de la Provence.
L'opposition entre ce qui serait d'une part, des musiques dites régionales
(1*) et d'autre part, des musiques dites du monde, correspond de moins
en moins à la réalité de la vie musicale en Provence,
carrefour euro-méditerranéen, terre de multiples rencontres
et de croisements culturels permanents.
Les musiques d'Oc s'expriment en Provence à travers des spécificités
à la fois instrumentales et vocales.
Le domaine instrumental est dominé par la pratique du galoubet-tambourin
(les provençaux disent simplement tambourin), instrument très
pratiqué aujourd'hui, de manière individuelle ou collective,
savante, folklorique ou traditionnelle, en particulier dans l'Ouest de
la Région (Vaucluse, Bouches du Rhône, Var, partie rhôdanienne
du Gard). La pratique très répandue de cet instrument a
bénéficié du soutien historique du mouvement félibréen,
fondé au XIXème siècle par le poète Frédéric
Mistral (Prix Nobel de littérature), qui a consacré toute
sa vie et son uvre à la défense de la langue et des
traditions provençales. D'importantes Fédérations
(Fédération Folklorique Méditerranéenne et
Rode de Basse Provence) ou associations (Académie du Tambourin)
réunissent de nombreux groupes folkloriques et instrumentistes,
assurant elles-mêmes la transmission d'une pratique instrumentale
où s'expriment à la fois des tendances conservatrices, classiques,
et innovatrices. En marge des fédérations, certains tambourinaires
suivent une route personnelle, reliant le tambourin à d'autres
traditions et genres musicaux.
Parmi les centaines de tambourinaires actuels, on peut citer: André
Gabriel, Maurice Guis, Jean Coutarel, Maurice Maréchal, Patrice
Conte, Miqueù Montanaro, Raymond-Jean Audigane, Christian Flayol,
François Dujardin
Dans la partie alpine, le tambourin s'efface derrière les ensembles
fifres-tambours du côté des Alpes Maritimes (Zéphirin
Castellon, Lanciour), ainsi que la vielle et le violon traditionnel, plus
présents vers la Haute Provence, le Dauphiné et l'Italie
(Compagnie du Rigodon, Drailles, Passe-Montagne
).
Patrick Vaillant, chanteur, mandoliniste et compositeur, est l'un des
artistes fédérateurs les plus marquants des Alpes du Sud,
ouvertes sur l'Italie et la Méditerranée (Arco Alpino, ensemble
de violonistes des deux versants des Alpes, Mélonious Quartet,
quatuor de mandolines, Duo Tési-Vaillant).
Le domaine du chant et de la voix joue un rôle essentiel dans l'expression
culturelle et sociale de la langue d'Oc, sous des formes linguistiques
diverses (provençal rhôdanien, provençal maritime,
occitan alpin, nissard).
Les artistes les plus représentatifs sont Jan-Mari Carlotti, qui
vit à Arles, troubadour vivant de l'Occitane d'hier et d'aujourd'hui,
Michel Blanco, fondateur du Courou de Berra, ensemble vocal polyphonique
des Alpes méridionales, Danielle Franzin et Thierry Cornillon,
chanteurs de Vésubie, dans le haut pays niçois, Renat Sette,
chanteur et collecteur de Haute Provence, et Manu Théron, chanteur
occitan de Marseille. Les Noëls de Nicolas Saboly (XVIIème
siècle) et les recueils de chants populaires provençaux
réunis au XIXème par le folkloriste Damase Arbaud, constituent
entre autres, un important fonds patrimonial de chants toujours très
pratiqués, notamment à l'époque de Noël.
La pratique chorale populaire, influencée par les traditions piémontaises
et ligures est très vivante dans les Alpes Maritimes. L'association
Alp-Harmonoia réunit de nombreux groupes professionnels et amateurs
italiens et français.
Le chant occitan est aussi renouvelé par des groupes plus urbains,
qui relient traditions occitanes, rap et musiques actuelles, tels que
les groupes marseillais Massilia Sound System, Gacha Empega, Dupain, et
le groupe niçois Nux Vomica.
Chant, musiques et danses traditionnelles d'origines diverses, s'expriment
aussi à travers un fort mouvement associatif d'amateurs et de professionnels,
notamment issus du revivalisme de tradition orale des trente dernières
années. La FRAMDT (Fédération régionale des
musiques et danses traditionnelles) fédère sur le plan régional
plus de 110 associations attachées à une pratique vivante
et active de la danse (bals traditionnels), du chant et des instruments
traditionnels les plus courants (accordéon diatonique, vielle à
roue, cornemuse, violon, tambourin, etc.). La revue Accordance est le
reflet de la vitalité d'une pratique musicale sociale qui ne se
réduit pas à la production ou la consommation passive de
spectacles et de festivals, particulièrement nombreux en Provence,
surtout en été.
La présence vivante des musiques du monde s'exprime en Provence
sous plusieurs formes.
Tout d'abord, on observe une forte activité communautaire, reflet
de la présence de nombreuses personnes et de communautés
originaires de la Méditerranée, de l'Europe et du monde
entier, venues s'installer tout au long de l'histoire à Marseille
et dans toute la région, y compris dans des zones rurales et alpines.
La musique traditionnelle joue un rôle essentiel dans toute vie
communautaire, notamment dans la transmission des valeurs identitaires,
culturelles, religieuses des populations immigrées, réfugiées
ou exilées, qui gardent ainsi un contact vivant avec leur pays
ou leur culture d'origine. Ces musiques traditionnelles peuvent fonctionner
à la fois de manière interne aux communautés (notamment
à l'occasion des mariages et de nouvel an) et entrer également
en contact les unes avec les autres et avec les traditions régionales
selon un processus de métissages et de croisements, plus fréquents
dans les nouvelles générations nées en France. C'est
le cas en particulier des Arméniens, des Antillais, des Asiatiques,
des Comoriens, des Africains, des Portugais, des Sud-Américains,
des Irlandais, des Maghrébins arabes et berbères, des communautés
juives, des Grecs,
mais aussi des Corses et des Bretons (2*).
Les musiques d'origine ibérique et italienne sont logiquement très
présentes pour des raisons de proximité géographique
et humaine. L'ibérité venue d'Espagne, surtout andalouse,
catalane et gitane, est très vivante dans la vallée et le
delta du Rhône, en particulier en Camargue, à Port de Bouc
où le flamenco, la rumba catalane et les traditions andalouses
sont très populaires et sont une composante vivante du patrimoine
culturel local (les gitans ne sont pas des immigrés).
L'influence italienne est plus forte dans la région niçoise
et les trois départements alpins, notamment dans les pratiques
vocales populaires, teintées de polyphonie. La présence
piémontaise en Provence et la présence provençale
dans les vallées du Piémont s'explique très simplement
par le caractère artificiel d'une frontière nationale récente
(fin du XIXème siècle) qui n'a jamais réellement
existé sur le plan culturel.
Au-delà des pratiques communautaires collectives, il convient de
mettre en évidence la valeur et l'importance de certains artistes,
qui jouent à titre personnel un rôle majeur dans le paysage
régional des musiques du monde. C'est le cas par exemple de la
famille Chemirani, d'origine iranienne, (Djamchid, Keyvan et Bijane),
dont les zarbs et autres percussions orientales se mêlent magnifiquement
aux chants et instruments de Provence. C'est le cas aussi du musicien
japonais Makoto Yabuki, qui a fondé à Marseille un orchestre
de bambous, de la chanteuse Françoise Atlan, spécialiste
des répertoires judéo-méditerranéens.
La communauté maghrébine, très importante, arabe,
berbère et juive, s'exprime notamment sous les doigts du pianiste
oriental Maurice Médioni, du luthiste Fouad Didi, et par la voix
d'Hakim Hamadouche, chanteur kabyle et la jeune chanteuse algérienne
Myriam Sultane.
Dans le domaine du flamenco, très vivant dans le Sud de la France,
le guitariste gitan Juan Carmona est incontestablement l'un des artistes
les plus novateurs dans un genre qui n'est pas seulement espagnol. Il
faut également citer la famille Cortez et le musicien andalou Luis
de la Carasca, installé à Avignon.
Les musiques du monde, ce sont aussi un nombre croissant de musiciens
français qui étudient et pratiquent à un haut niveau
des musiques issues d'autres traditions. Musiques de l'Inde et d'Orient
(par exemple Gérard Kurdjian, qui explore les traditions soufies),
et plus récemment les musiques d'Europe orientale avec le groupe
Aksak, du Vaucluse, ou Boukovo, fanfare g,réco-macédonienne.
L'ensemble Balagan réunit musiciens russes et français dans
un répertoire à la fois slave et balkanique. Le groupe des
Hautes Alpes Les Pécheurs de Perle,s associe Irakiens et Français
autour des musiques du Golfe Persique et d'Europe orientale.
Nous avons gardé pour la fin deux artistes créateurs et
fédérateurs qui jouent un rôle de pionniers et d'inventeurs
dans la rencontre des musiques de la Provence, de la Méditerranée
et du monde.
Il s'agit d'une part du musicien chanteur d'origine espagnole Pedro Aledo,
installé à Marseille, fondateur de l'Ensemble Méditerranéen
et, plus récemment, de l'Ensemble Eurafrista, qui associent des
artistes de Provence et du pourtour méditerranéen dans une
démarche de création valorisant en même temps la méditerranéité
commune et la diversité des cultures.
Il s'agit d'autre part de Miqueù Montanaro, tambourinaire et compositeur
provençal du Haut Var, fondateur de l'ensemble Vents d'Est réunissant
des musiciens et groupes de la Méditerranée et de l'Europe
orientale et du concept "Balade pour une mer qui chante", programme
permanent et pluriannuel de rencontres et de créations entre artistes
européens et méditerranéens, à la fois vivier
de traditions musicales exceptionnellement riches dans leur diversité
et atelier d'une Méditerranée réinventée ensemble
chaque jour.
Ainsi se présente, au seuil de l'an 2000 le microcosme musical
provençal, donnant à entendre que la Provence est en même
temps une terre d'Oc, une terre de France et d'Europe, une terre Méditerranéenne
et une terre du Monde.
Philippe FANISE
Directeur de la Mission Régionale des musiques et danses Traditionnnelles
en Provence-Alpes-Côte d'Azur (ARCAM)
Visitez le site http://www.arcade-paca.com
(1*) Langues et cultures régionales : terme impropre et contestable
La culture et la langue d'Oc concernent, par exemple, à elles seules,
prés de la moitié du Sud de la France. Les langues et cultures
de France dites régionales (Occitan, Corse, Basque, Breton, Catalan,
Alsacien
) sont aussi françaises et européennes que
la culture franco-parisienne d'Ile de France, considérée
comme l'unique modèle, l'unique référence nationale.
L'un des grands paradoxes culturels de la France est de prôner à
l'échelle de monde une diversité culturelle et linguistique,
dont elle se méfie à l'intérieur de son propre territoire,
en minorisant la valeur et la spécificité des cultures régionales,
périphériques, ou minoritaires.
Au nom de l'individualité constitutionnelle de la République,
l'Etat français a récemment refusé de ratifier la
Charte Européenne des langues régionales ou minoritaires
(15 juin 1999).
(2*) Bien que n'étant pas considérées comme "immigrées",
au sens administratif, les personnes et communautés venues d'autres
régions de France ou d'Europe du Nord se retrouvent néanmoins
dans une situation de migration culturelle relative, mais réelle.
La mission Régionale des Musiques Traditionnelles en Provence-Alpes-Côte
d'Azur (ARCAM) entreprend en 2000 une enquête des traditions musicales
communautaires et musiques du monde vivantes dans la région.
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